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Petite histoire de Margencel

Margencel présente une curieuse configuration. Traversé par le Redon, son territoire comprend au sud-ouest, une bonne partie de la forêt de Planbois et s'annexe au nord par une étroite bande de terre, coincée entre les communes d'Anthy et de Sciez, mais qui lui permet d'accéder au Lac Léman, le petit port de Séchex faisant partie de son domaine.

Cette situation bizarre pourrait s'expliquer par l'histoire. Occupé dès les temps préhistoriques (bloc erratique avec cupules au lieu-dit "les Grandes Vignes"). Au début de l'Empire Romain, existe la villa Durzilly qui est le centre d'un grand domaine, fondé à cette époque. Il comprenait tout le territoire de Margencel et toute la partie nord d'Allinges compris entre les limites fixes, c'est-à-dire, d'une part les nants du Redon et d'Amphion (Pamphiot), d'autre part, au nord la voie romaine et au sud la chaîne des collines que couronnent les ruines des deux châteaux et qui, de 712 à 769m d'altitude, offraient une barrière naturelle et nettement propice à la délimitation de l'antique propriété. Entre le VIe et le VIIe siècle, un homme libre du nom de Mergentius possède des terres en cet endroit, y fait construire une chapelle. Bien vite elle porte son nom et devient église paroissiale de Margencel. Elle est, selon une visite pastorale de 1443, placée sous le vocable des saints Martyrs Ferréol et Ferjeux. A l'occasion d'une visite pastorale de l'an 1625 on constate que l'église a maintenant comme nouveau patron saint Laurent, qui l'est encore de nos jours. En 1874, une cuve baptismale en marbre blanc datant du Xe siècle fut retrouvée dans le village de Margencel. Il est précisé qu'elle gisait près d'un fumier ! Provenait-elle de cette première chapelle, faisait-elle partie des fonts baptismaux d'une première église ? Nul ne sait ce qu'elle est devenue, existe-t-elle encore et où ?

En 1014, sous le royaume de Rodolphe III de Bourgogne, on retrouve le premier acte mentionnant Margencel. Dans le volume II du "Dizionario Feudale degli Antichi Stati Sardi e della Lombardia " pages 435/436 Francesco Guasco écrit : MARGENCEL, dans le comté du Chablais : Donation de Rodolphe Roi de Bourgogne à l'Abbaye de saint Maurice d'Agaune – 1014. A cette époque Margencel qui fait partie du deuxième royaume de Bourgogne devient possession de la Maison de Savoie. Dès le XIe siècle cette maison est puissante dans les régions chablaisiennes.

Vers 1033, le comte Humbert 1er dit Aux Blanches Mains, rassemble les fiefs des seigneurs de Féternes, de Ravorée, de Cervens et d'Allinges et vient s'installer à Thonon. Il a autorité sur l'Abbaye St Maurice d'Agaune qui étend les propriétés du monastère très à l'ouest. De nombreuses localités du bas Chablais dont Margencel dépendent d'elle.

En 1049 une ancienne charte du Chablais stipule que l'Abbaye St Maurice d'Agaune concède à Ulric de Margencel et à son frère Louis II de Féternes, une terre à Lausenette en échange d'une autre à Vernaz. On peut dire qu'Uldric 1er de Margencel, fils de Louis 1er de Féternes, est celui qui fonda cette noble famille.

Avec Sciez, il y eu en 1260 une contestation au sujet des limites de cette paroisse avec celle de Margencel. Cette transaction territoriale très importante fut arbitrée par le Chapitre de Genève entre l'Abbaye de Filly et Gérold de Compey, Doyen d'Allinges et curé de Margencel. Etant chanoine de Genève, il était donc normal d'avoir recours à l'arbitrage du Chapitre auquel les deux plaignants étaient liés. Ils en acceptèrent la sentence qui fut rendue le 27 août 1261.

Entre 1373 et 1378, la moitié de la population est réduite à la mendicité. En 1401, la situation s'est un peu améliorée mais onze familles - plus du quart - sont incapables de payer le "subside", soit parce que les habitants ont dû quitter les lieux, soit parce qu'ils sont vieux et pauvres, soit enfin parce que leur maison a été détruite par l'incendie.

La population resta constante tout au long du XVe siècle (40 feux, soit environ 200 habitants) pour s'élever à 60 feux (300 habitants) au début du XVIe siècle. On constate aussi l'existence de "prud'hommes" qui étaient des représentants de la communauté ou d'un hameau, possédant des biens communs propriétés collectives qu'ils défendaient jalousement contre les empiétements extérieurs. On en trouve notamment à Séchex et à Ronsuaz. Car l'époque est très dure pour le petit peuple des campagnes.

En 1535, Genève ne supporte plus l'autorité pesante de l'évêque et du Duc Charles III de Savoie et adopte la nouvelle religion de l'église réformée. Ils sont soutenus et protégés par les Bernois qui bientôt vont envahir les Etats du Duc de Savoie. La soumission du Chablais à Berne date du 1er février 1536. Dès lors, un ministre du culte réformé est envoyé à Margencel. Un moine de Filly, Bernard Marcet originaire de Sciez, abandonne la foi catholique pour la réforme. Il est le premier pasteur d'Yvoire en 1537 avant de venir exercer son ministère à Margencel en 1554. Le fait que le culte ait continué à être célébré explique sans doute qu'en 1598, l'église était bien entretenue alors que la plupart des édifices religieux du Chablais se trouvaient dans un état souvent proche de la ruine. C'est en 1598 à l'occasion des 40 heures de Thonon que le Chablais retrouve la religion de ses ancêtres, embrassée depuis des siècles. Tout le Chablais, converti par François de Salles, vient abjurer l'hérésie et c'est le 10 octobre que 98 chefs de familles de Margencel, arrivent en procession.

Le 25 octobre 1601, la paroisse d'Anthy est unie à celle de Margencel. En 1615, Anthy recouvre son autonomie.

LA SEIGNEURIE

Nous ne connaissons pas la descendance d'Uldric 1er de Margencel mais il est raisonnable de penser que quelques garçons ont assuré la postérité familiale. Fondée au début du XIe siècle, elle perdurera jusqu'à la fin du XIVe siècle. Les nobles de Margencel apparaissent dans une dernière charte lors de l'acquisition de la plus grande partie de leurs biens par noble Jean du Vernay, maréchal de Savoie et seigneur de la Rochette. C'est Guillaume de Ravorée, héritier d'Alisie (ou Alexie), fille de Pierre de Margencel qui transige. Leur maison-forte dont il ne reste plus de vestige, s'étendait sur l'emplacement actuel de la Mairie-école et débordant au-delà de la route de Bisselinges. Cette famille possédait également la maison-forte de Savy, située sous Mésinges, dont il reste quelques ruines.

Un des membres de cette famille s'est particulièrement illustré. En 1355, l'écuyer Jean de Margencel est au côté de Jean du Vernay dit le "Bastard de la Rochette" lors de "La Revue de Mâcon".

En 1366, lors de l'expédition en Orient d'Amédée VI dit le Comte Vert, Jean de Margencel s'illustre en tant qu'écuyer de Jean du Vernay. Il participe également aux exploits de celui-ci lors de la campagne du Valais puis dans la conquête du Comté de Nice où Jean du Vernay est l'un des signataires du traité qui amène en 1388 cette nouvelle province à la Maison de Savoie.

La seigneurie de Margencel passa ensuite aux Nobles Barbier du Maney. Cette famille est originaire de Bonneville. Le château de Margencel leur appartient depuis le début du XVIe siècle. Jeanne de Maney, veuve du Foug et tante de François de Salles, en est reconnue propriétaire en 1611. Elle n'y habite pas et ce sont les nobles des Plans qui y demeurent. L'un d'eux, Pierre, fera d'ailleurs partie des 98 chefs de familles ayant abjuré l'hérésie en 1598.

Au XIXe siècle, la cohabitation avec la population locale semble se dégrader. C'est à cette époque que l'orthographe de leur nom change et devient Dumaney. Charlotte, l'une des 12 filles de François Joseph du Maney, entre en conflit à la fois avec la paroisse et la commune. Cette situation va durer 10 ans et ne sera que lettres, procès et jugements. Il faut attendre 1857 pour que Charlotte revienne à de meilleurs sentiments. Elle fera plusieurs échanges et concessions à la commune, ce qui permettra de transformer une maison en école (actuelle salle des réunions/bureau de vote) et une place privée (actuelle place de la Mairie) en place publique où sera construite la mairie/école actuelle.

Charlotte trépasse le 13 janvier 1875 à l'âge de 100 ans et 7 mois. Dernière survivante de cette famille à Margencel, elle était la doyenne du Chablais. Ses funérailles eurent lieu à Thonon.

Du XVIIe au XIXe siècle, Margencel connut le sort de toutes les communes du Chablais, subissant les diverses occupations françaises. Mais c'est surtout de l'occupation espagnole de 1742 à 1748 que la commune eut à souffrir.

Lors du rachat des droits féodaux, à la fin du XVIIIe siècle, quatre fiefs se partageaient le territoire de Margencel pour lesquels des contrats d'affranchissement furent passés entre 1780 et 1790 : les marquis d'Allinges-Coudrée, la Sainte Maison de Thonon, les Nobles de Brotty d'Antioche, enfin, la famille de Foras.

L'église actuelle résulte d'agrandissements ajoutés à l'église primitive, représentée par le collatéral nord qui seul remonte au moyen-âge. Composée à l'origine de deux travées, ce collatéral communique par des arcades en cintres brisés avec la nef centrale plus élevée et reconstruite en 1852. Chaque travée de cette chapelle primitive est voûtée d'ogives et "séparée de sa voisine par des doubleaux étroits, creusés d'un cavet sur leurs deux faces principales". Les nervures se rejoignent sur des clefs rondes dont les deux premières sont armoriées. Ces armes appartiennent à l'illustre Jean de Menthon, seigneur entre-autre de Durzilly. Les de Menthon apparaissent à Durzilly en 1339 quand Jean de Faucigny-Lucinge leur vend ses droits sur la seigneurie.

ARMOIRIES de JEAN DE MENTHON SEIGNEUR de DURZILLY

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 Mises en couleurs  Clefs de voûtes originales

La tour du clocher-porche a été reconstruite en 1807 et les escaliers qui la précèdent ont été construits en 1881. La toiture du clocher sera refaite à nouveau en 1927.

Sources : Histoire des Communes Savoyardes - Le Chablais - Henri BAUD et Jean-Yves MARIOTE. Revue Savoisienne 1921 * Archives paroissiales et Municipales de Margencel. Mémoires Académie Chablaisienne. * Regeste Genevois. Le château de Ripaille - Max Bruchet * Nobiliaire de Savoie – De Foras. Œuvres Historiques de l'Abbé Gonthier. * Archives privées.

Pour Patrimoine et Traditions - JM